lundi 30 janvier 2012

Pula en hiver


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Voilà, après une magnifique journée de grimpe au soleil slovène, Reini est rentré chez lui pour bosser un peu (slacklife oblige), et moi je suis descendu vendredi à Pula, au sud de la péninsule Istrienne, près de nos dernières highlines d’ailleurs. L’auberge de jeunesse, est sympa, mais rien d’exceptionnel à part le pris dérisoire pour un « dortoir » à 4 personnes qui, comme ça risque d’être souvent le cas en voyageant l’hiver, m’appartient entièrement. Ceux qui ont déjà vu ma chambre auront vite imaginé la place que j’y prends. A part ça, pas de cuisine (donc on continue à cuisiner à l’essence, et au froid), et pas de salle commune où l’on risquerait de faire des rencontres sympas. En même temps, y a pas l’air d’y avoir grand monde ici…
Je ne perds pas trop de temps avant d’aller marcher au cap Kamenjak, point sud de la péninsule. C’est l’hiver, tout est fermé, pas besoin de payer l’entrée dans ce « protected landscape ». Je teste une première fois Mme Doblo sur des pistes, et tout va bien (à part ma fenêtre droite qui s’obstine à vouloir monter plus haut qu’elle ne le peut avec ce petit bruit agaçant mais régulier, mais ceci est une autre histoire, qui prit fin un jour sans raison). Personne, vraiment personne, mais une magnifique côte rocheuse tout autour du cap, et j’arrive à des falaises d’autant plus intéressantes qu’elles sont d’une certaine hauteur. Oui, j’avais cette idée derrière la tête. Vous savez celle de marcher sur un « fil tendu entre deux montagnes ». Quand montagnes et mer se rejoignent…
Je trouve un bloc magnifique, éloigné de quelques mètres de la côte, mais accessible au sec (affaire à suivre), et qui a quelque chose qui attire l’œil de certaines personnes. Une forme, une couleur, une position… il « t’appelle ». Et il a une grosse fissure au milieu, du genre de celle où tu peux foutre que des gros friends, tu sais ceux qui tiennent le mieux ! Quant à la falaise, le rocher est très pourri, mais aussi très troué par l’eau… des trous qui se rejoignent… et qui permettent de passer une grosse élingue noire à travers, pour pouvoir tirer quelques tonnes dessus (ou peut-être un peu moins).
Je continue ma ballade sans quitter mon bloc de l’esprit. « -Est-ce que ça l’fait d’installer seul ?  -oui, oui, c’est pas trop long… -Et quand faut faire ça ? y a beaucoup de monde le week-end ? les pêcheurs, y s’en foutent… Ouais, y s’en foutent. Et d’autres ??? » Beaucoup plus de réflexion, quand il n’y a qu’un cerveau, et donc un seul point de vue et pas d’échange. On pourrait penser le contraire, mais là j’ai beaucoup réfléchi.
Après quelque temps à traîner sur le site de l’office du tourisme, je tombe sur le site de « Onsight » club et salle d’escalade à Pula.Il me faut à peu près 5min pour me mettre en marche vers la Gajeva Ulica, repérée sur le plan. Trouvée, mais où est cette salle ? Je demande, on m’indique le bâtiment. Un énorme vieux bâtiment militaire, plein de gosses à l’entrée, et de gens plus « alternatifs » dans les corridors sombres. Qu’est-ce que j’fous là ? Je demande à un bon dreadeux s’il est un grimpeur. Non, mais il m’indique le panneau d’information-plan. 5th floor. Et alors pourquoi l’escalier s’arrête au 3ème ??? Ok, il faut tourner dans tous les sens pour arriver dans la petite salle de bloc, ouverte. L’ambiance est tout de suite « grimpante ». Le sous-boss me dit que j’ai de la chance, c’est ouvert que le mardi et le jeudi mais il a un cours ce soir. 2h de bloc à boulet, super cool ! Et il me dit aussi qu’il a même déjà mis des spits à Kamenjak, et qu’en hiver y a personne, même le week-end. Il a appuyé ma décision :-D
La nuit est quand même réflexive (??), mais le départ efficace. Personne à attendre, tout est dans la voiture… pas de problème ! Enfin, pas jusqu’où j’ai prévu de parquer. Je me dis « ouais, là-bas c’est bien, je dois être tout près du spot » (oui y a plein de pistes dans tous les sens, pas facile). Qu’est-ce qui attend sur le parking repéré ? « Polizia ! » Il a l’air de dormir dans sa voiture, mais après repérage de la distance du spot à pied, je m’en approche encore un peu, surtout pour pas passer devant le copain avec deux sacs et des cordes dans tous les sens.

À côté de 3 plongeurs, je commence le rigging tranquillement. Le rappel est bien loin de la falaise, et l’angle coupant et surtout plein de pierres qui ne demandent qu’à te tomber sur la gueule. L’eau est un peu montée on dirait, je dois bien sauter deux fois pour atteindre le pied de mon bloc qui se grimpe très facilement. Deux trajets pour déposer tout le matos sur le sommet grand et plat de ce bloc. Je fais les ancrages, tout en naturel car je ne veux pas percer dans un « protected landscape », et que ça va très bien avec de longues sangles. Les friends de backup sont plus là pour la déco tellement le reste est béton.
Je prends la slack et le backup pour remonter et aller installer l’autre côté. Sans réfléchir, je m’apprête à sauter sur depuis le petit bloc-pont jusqu’à la plateforme du pied de la falaise, comme je l’ai déjà fait 2 fois. Oui mais là, j’ai une slack et une corde attachées au cul pour ne pas les mouiller… et sans avoir pris assez de mou, c’est lamentablement que je suis retenu et que je me retrouve 2m plus bas, eau à la taille…
C’est marrant, si on était plusieurs, il nous aurait fallu 1h pour arrêter de rire, et une autre pour que je me change, mette mes habits à sécher etc. Là je me suis regardé 20sec, j’ai senti que l’eau n’était pas si froide, et que dehors et mouillé je n’avais pas froid, j’ai ris à mon pantalon détrempé et mes souliers-piscines, et j’ai continué l’installation.
La sangle de l’autre côté est encore plus béton que ce que j’aurais imaginé, et presque à niveau (non, il n’existe pas encore de highline à niveau sur cette péninsule…).
Tout est prêt, je retourne sur mon bloc pour tendre, et saluer le bateau « polizia ». Mais qu’est-ce qu’ils foutent ? Mission commando pour réveiller le collègue endormi dans sa voiture ? Ce n’est qu’une fois à 5m du bord que je réalise que j’ai été très fainéant sur la tension de ma bonne vieille « threaded tubular », et c’est peu serein que je me fais le premier aller-retour à vue de « mouillé mais propre », clean highline de 20m. Je retends un peu pour la suite, et change un peu l’angle de la caméra. Malheureusement que des vidéos, car les images seul c’est plus dur. Le dernier full-man est, sans aucune explication, le seul ou je dois catcher la sangle bruyante, mais qui n’a pas l’air de déranger le vieux pêcheur pépère dans sa barque.
La désinstallation est une plus grande réussite que l’installation : tout est sec, et l’efficacité est au top. Il n’est pas 13h quand je démarre la voiture pour aller me poser à l’auberge.
Les jours suivants sont passés tranquillement en ville de Pula, avec Laura, la seule autre habitante de l’auberge de jeunesse, qui a elle aussi une chambre pour elle. Beaucoup de rires avec les locaux, surtout les serveurs, et avec ces histoires incroyables de son voyage. C’est plus cool de pouvoir parler bon anglais (american please !) avec quelqu’un qui est un peu dans la même situation, et qui partage pas mal de mes points de vue, surtout quand la vie hivernale d’une ville est aussi peu entraînante pour les touristes (bien qu’on soit les deux d’accord sur les avantages de l’hiver, sans rues bondées, sans arnaques, et où tous ceux qui ont à voir avec le tourisme sont enchantés de nous voir). D’après ce que j’ai compris de tous les sites météo consultés, les prochains jours vont être très, très froid, pour toute l’Europe, donc je risque de continuer mon rythme de 13h de sommeil et de semi-activité la journée, jusqu’au prochain virage. Je ne vous parle plus de mes plans, car j’ai remarqué qu’ils changent plus vite les uns que les autres, et qu'aux dernières nouvelles, rien de ce qui était prévu l'est encore... Mais c’est ça qui fait le voyage, et c’est pour ça que je suis parti. Alors bon vent, et à la prochaine tempête !!!

2 commentaires:

  1. Salut,

    sympa, la vidéo, mais tu devrais prendre une gopro et la mettre sur toi pendant que tu marches, voles, slacks ou je ne sais quoi, ça serait bien sympa de vivre avec toi ces expériences et de découvrir un point de vue que beaucoup n'ose pas aller voir.

    Amicalement,
    Florian Brauch

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  2. C'est beau, c'est pur, c'est propre. En solo et en hiver, du beau boulot ! Continue comme ça Mec c'est du bon !

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